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samedi 28 juin 2014

Trajets - 1

Dans le couloir sécurisé, sous les rails charentais,
L'objet métallique :
Ça sent le coup de tenailles,
Ça sent la mâchoire qui ne déglutit pas.
La perceuse, peut-être, dans l'orifice du cadenas.

Foré.

(oui, ou bien, couillon, quelqu'un l'a laissé tomber de son sac, on se magne, ça vibre au dessus, le train va repartir.) 
Et la valise, et le petit sac, le journal intime, le garde-manger,
On va le, voire les,
garder sur les genoux. 
Et peut-être mieux en profiter.

mardi 2 avril 2013

Lève la tête, quand ça s'embrase

Mille fois vu, oui, partout, oui. 
Ça se couche ; du rouge, du jaune, oui, oui.

Mais.
Ce privilège de l'heure d'hiver,
Sortir de son emploi quand le jour n'est presque plus, qu'il brûle encore un peu pour, quelques instants de plus, nous montrer qu'il brille, malgré tout.

Ignifugé de la rétine,
Lever la tête, et la tourner encore, pas blasé. 
Ça n'est pas que du rouge, du jaune, qui se confondent.

Ça brûle pour briller.

Lève la tête, quand ça s'embrase.

vendredi 1 mars 2013

Poitou mythologie (petite) - François Bon - Vases Communicants

Bienvenue à François Bon, pour ce vendredi de Vases communicants inter-François ; un grand merci à lui d'avoir initié cet échange.
Son texte, ci-dessous, fait suite à quelques photos, que j'ai prises à Ruffec sur un de ses anciens lieux de travail. 
Il se trouve que je travaille actuellement moi-même dans cette même ville.


 ***
 
Pour les découvreurs :
Vases Communicants - c'est chaque premier vendredi du mois. C'est un échange de textes, voire d'images ou de sons, entre deux sites/blogs volontaires. Idée lancée initialement par Tiers Livre  et Scriptopolis.

Les rendez-vous s’opèrent notamment grâce au groupe Facebook des vases communicants, dont Brigitte Célérier est l'âme. Alors merci.

***

Poitou mythologie (petite)

Même pour retrouver l’année exacte j’ai un peu de mal mais si, puisque je venais d’avoir le permis de conduire et cette 2CV bleue à capote jaune rafistolée et même c’est de ça dont je me souviens le mieux finalement, ça avait duré un mois et c’était l’été 1973 puisqu’à la fin d’août ce serait le coup d’État au Chili de Pinochet, et je me revois à l’automne déchiffrant sur cette 6 cordes Yamaha les partitions du premier disque de La guitare à Dadi, et puis voilà : l’été 73 ça te fait 20 ans tout juste 20 ans pas plus alors que la vie adulte je ne sais toujours pas quand ça commence ni pourquoi.
Mais que Serseg oui, Serseg y a contribué en une seule fois ce mois-là, en tout cas cette journée-là mais de quoi je me souviens, tu te rends compte 40 ans de ça et de toi qu’est-ce que tu sais d’autre depuis, qu’est-ce que tu as appris et pourtant elle est là cette journée-là si près de toi.
On commence par ramasser les éclats les miettes le jouet cassé du temps sur le carrelage de quarante ans de vie, dans ce recoin c’est Serseg qui est cassé, faire l’inventaire de ce qui reste ça commence par la 2CV il est 6h du matin tu vas au boulot il y a exactement 17 kilomètres mais c’est la première fois que tu as le droit de les faire seul – quand je roule sur des routes du Poitou même aujourd’hui j’ai cette nostalgie par les odeurs, une humidité particulière quand tu traverses les forêts, les jeux qu’on avait dans ces forêts minces, grimper là-haut et se balancer passer d’un arbre l’autre et choisir la viorne la plus sèche pour l’allumer et la fumer, on se retrouvait près de l’ancien four à chaux et nul chemin qui menait là, nous connaissions aussi toutes les grottes profondes, pas profondes d’ailleurs Jacques Bernier qui nous les enseignait est mort le mois dernier – en attendant c’était le matin dans ces lumières d’été du jour déjà levé bien avant toi et ta 2CV qui prend les virages de Lizant, coupe la Charente à Taizé-Aizie et tous ces noms comme les Adjots ou Condac Barro Bioussac tu parles qu’on les connaissait déjà par coeur depuis longtemps avec nos vélos mais là voilà : tu faisais les 17 kilomètres en 21 minutes, le coude dans la glace ouverte, pas de radio dans la voiture mais de toute façon tu avais ça à l’intérieur.
C’était l’avantage de la première année Arts et Métiers, des stages ouvriers d’été on en trouvait juste en écrivant, c’était gage de bonne obéissance et d’un minimum de savoir bien concret bien technique. D’ailleurs les odeurs de Serseg même je ne les sais pas : trop vu de vestiaires et cette croûte de sueur qu’on capelle avec le bleu (j’avais le bleu qu’on nous demandait à l’école, je savais me mettre en bleu), et bien sûr les odeurs de la fonderie aujourd’hui encore j’en tiens magasin, même plus que les noms, celle du sable noir et son liant glaiseux, puis celle du talc dont on saupoudrait la forme creuse démoulée, celle argileuse du noyau qu’on plaçait pour le dedans liquide des vannes, puis l’odeur de la fonte liquide quand on verse et celle du sable brûlé qui sort en vapeur de tes évents, et l’odeur du démoulage et celle de l’ébarbage et du grenaillage, puis les vannes conduites à l’usinage et ce lait de refroidissement des fraiseuses c’est aussi une sensation dans les doigts et une particulière olfaction – donc je connaissais Serseg avant d’y entrer et c’est pour ça que j’y ai si peu de souvenirs.
Par exemple, sur le poste de fonte, quand on convoyait nos moules prêts, sur le tapis à glissière, je revois ce bonhomme âgé, au physique très sec, muscles noueux mais qui vous bahutait les masses de 40 ou 80 kilos comme si c’était des jouets – lui à qui était réservée la coulée, mais toi qui faisais avec lui les moules, 8 heures d’affilée le sable noir et son liant glaiseux sous le modèle en bois, puis ce talc, puis chaque fois tasser (la tasseuse un pilon plat que tu manies du palonnier), enfin le noyau fragile déposé, et la partie délicate la partie haute du moule posée inversée sur celle du bas 20 kilos plus 20 kilos égale 40 et ta sueur et l’odeur, la fatigue dans les reins les avant-bras maintenant aussi ça te revient, les dix moules ou douze qui attendent et puis la fonte.
Serseg fabriquait et apparemment fabrique toujours ces grosses vannes de bronze ou robinetterie bronze sur bâti fonte qui, dans les industries pétrolières ou l’industrie dite lourde, peuvent être plus grosses qu’un bonhomme mais on avait toutes les tailles et dans cet atelier où j’étais à peine si elles étaient plus grosses que le volant de ma voiture, bien plus lourdes évidemment.
Je revois maintenant la perruque : t’as pas dans ce pays une usine sans perruque et toi si t’es là pour un mois d’été au SMIC sûr qu’ils vont te faire travailler tes 8 heures puis les 2 heures sup avec supplément de 25% mais pour bien justifier tes heures sup sûr que t’apprendras vite à t’économiser sur les 8 de base – lui le vieux il avait toujours un moule en plus qui passait à la suite des vannes, un moule pour lui, que lui seul bichonnait avant et j’ai vite vu ses modèles : des Sainte Vierge et des Christ en Croix, en bonne fonte et vrai bronze bon poids à qui il revendait ça le vieux je ne sais pas mais quelle industrie à lui seul.
Maintenant c’est la scène véritable que je ne revois pas. C’est tout petit Ruffec, et quand t’avais fait tes 8 heures plus les 2 d’heures sup et brassé tes moules, passé ensuite au décochage le truc qui secoue à cent décibels sur la grille pour casser le sable, que toi avec tes gants tu récupères la vanne encore brûlante, qu’on les pose sur un chariot qu’on enfourne ensuite dans le grenaillage, puis qu’on transfère à l’ébarbage – quelle bloulangerie la fonte –, tu ne demandais pas ton reste, tu rentrais chez toi, les 17 kilomètres dans l’autre sens et c’est la voiture qui se conduisait seule. Donc en arrivant à Ruffec derrière la petite gare tu passais les rails et en contournant tu te garais sur le parking de l’usine, tu entrais dans ton atelier en longeant les vannes prêtes à l’expédition plantées là comme les soldats de terre à Xian, tu passais au vestiaire et capelais ton bleu...
Donc ces deux types : mais je ne les revois pas, les deux types. Même pas la tronche, rien. Je sais juste, je le sais encore aujourd’hui, qu’un avait une R8 Gordini et que la R8 était pour quelque chose là-dedans, mais je n’aurais pas heurté ou rayé sa bagnole je m’en souviendrais. Ils avaient des motifs, c’est sûr, les deux gars : le blanc-bec qui débarque de sa première année d’école d’ingénieur Arts et Métiers et qu’on met au SMIC comme eux ils étaient depuis toujours et pour toujours déjà ça suffirait qu’ils t’apprennent et puis ma Deuche est-ce qu’ils auraient su des trucs, la station-service sur la Nationale à cette époque-là c’était encore mes parents qui la tenaient et les étés précédents c’est là que je travaillais, je vous fais le pare-brise je vous vérifie l’huile c’était encore l’époque où on n’aurait jamais laissé le client se servir lui-même et l’art de boucler un plein au zéro centimes prêt quand tu remplis un réservoir je l’ai encore dans les paluches, comme je revois la sacoche en cuir qu’on avait pour les encaissements, et comment le soir on relevait les compteurs et qu’on faisait sa caisse, qu’on en extrayait le rab qu’on gardait puisque ce serait la seule paye. Mais c’est pas des trucs que j’aurais raconté aux deux types. Ou bien une allusion politique – mais le Chili ce serait seulement fin août et là on était en juillet.
Ce qui me reste dans ma tête c’est que ça se passait à la cantine, et je ne sais pas ce que j’avais dit ou répondu ou comment ils m’avaient piégé mais tout d’un coup ça s’était durci, et je sens encore ma peur à ce moment-là mais qu’un des deux types avait seulement dit : à ce soir sur le parking, et quand on te dit ça à ce soir sur le parking à toi le myope y a pas besoin de faire vraiment un dessin, je n’ai pas vraiment plus de souvenir mais je sais qu’ils m’avaient dans leur champ de vision, que c’étaient des types de mon âge ou à peu près mais tu vois le physique on était pas accordé pareil même sans parler qu’ils étaient deux, et que ce qui se passerait dans le parking visiblement ils savaient ce que c’était la recette dessous.
Voilà c’est tout, c’est l’après-midi de ma peur. Du temps qui découle et tu n’as pas d’échappatoire, ce serait nase de partir plus tôt, ce serait nase de fuir, et le vieux pareil comment il m’aurait aidé le vieux il s’en foutait probablement. Il était bientôt 5 heures et ça allait finir, je crois que dans l’atelier pour les grosses vannes ils étaient en 2 x 8 mais nous c’était horaire standard, il y avait la sirène qui hurlait et avant même la sirène qui hurle tu parles qu’il y a longtemps que les gars sont prêts derrière les bandes blanches au sol pour courir vers le vestiaire et se tirer, moi ce soir-là j’ai traîné, moi ce soir-là tout était lent dans la limite du lent. Et puis quand même il a bien fallu passer dans le vestiaire désert : peut-être ils y seraient mais non, j’ai viré mon bleu repris mon jean tee-shirt et voilà gars, c’est l’heure. Je crois que j’avais gambergé des stratégies, laisser la bagnole, trouver un prétexte une connerie la clé égarée mais même si tu sors piéton ça passe au même endroit même portail. Je les mouillais mais tu vois, c’est même pas le truc physique : le truc physique tu t’en fous à la limite y a toujours des trucs qui font mal, dans la cornière pare-brise de ma Deuche qu’avait rien coûté il y avait toujours bosselé en creux l’empreinte du crâne du type qui y était mort quatre mois plus tôt (l’assurance avait classé la bagnole épave, dans ce cas tu rends la carte-grise mais on avait transféré la plaque série d’une autre et voilà), c’était de ne pas savoir. Les mecs, tu vois : où ils m’attendent et pour quoi faire. Plus tard je lirais Sanctuaire de Faulkner, là tu vois c’était la version Ruffec de Sanctuaire, ou la version Serseg comme tu veux.
Je marchais le plus loin possible des murs, j’allais droit sans montrer ma peur, je marchais tête haute et indifférent, j’étais prêt. Ma voiture était là-bas, au bout du parking. Ce qu’ils m’avaient dit, les deux types, c’était tout simple et clair :  à ce soir sur le parking, et puis tu vois, les 20 minutes que j’avais rabioté les deux types ça leur avait suffi, ils ont dû se dire que je les mouillais assez, je me suis assis dans la Deuche comme si elle allait exploser quand je tournerais le contact, ou bien qu’ils seraient là juste devant moi quand je prendrai le premier virage est-ce que tu sais quoi dans ces cas-là mais non, la R8 Gordini n’était plus dans le paysage et moi j’ai pris le virage en dérapant j’ai foncé droit brûlé le feu rouge au passage à niveau et foncé vers les virages de Taizé-Aizie et la grande ligne droite de Lizant.
Et c’est pour ça, pour cet après-midi là et ma peur à Serseg, que j’ai demandé à François Bonneau, qui vient chaque jour à Ruffec pour son travail, s’il aurait l’amitié de me faire trois photographies de Serseg aujourd’hui.

mercredi 12 décembre 2012

On préférera

On préférera voir,
Sous le nuage,
Une locomotive que l'on croise.

Une parallèle à la route, une antique, à rebours,

Une qui sème une poussière qu'on croirait innocente, 
Si l'on y met du sien.



12/12/12

samedi 8 décembre 2012

Saint Saviol, deux minutes d'arrêt.

On ne comprend pas Saint Saviol.

Ceint sa viole ? Since à vie, owl ? Saint, ça viole ? Sains savent iol ? Seins, avis : haul !


EDIT : Anne Thiollet (dont on a déjà vanté les mérites ici) propose un somptueux

Sans saint, ça vit, un hall ?


(Le jeu, bien que très défriché, reste ouvert aux participations.)

mardi 4 décembre 2012

Mahigan Lepage - La Science des Lichens - Publiepapier

[...] au Jardin des Plantes il y a surtout des familles et des nuées d'enfants criards et surexcités, au jardin des plantes ça dévale les allées de gravillons en formation groupée, pendant ce temps moi je regarde mes lichens, les spores, les feuilles, les thalles, la pigmentation et le reste, non que ça m'intéresse à proprement parler, je vous l'ai déjà dit, je m'en fous du lichen, en tout cas je me fous du lichen comme objet d'études, j'ai accepté d'étudier le lichen seulement parce qu'il y avait des bourses dans le secteur lichénologique, pas parce que le lichen m'intéressait particulièrement, je m'en foutais du lichen, mais tout de même, à la longue, à l'usure comme on dit, j'en suis venu à développer un genre d'obsession du lichen, à force de lire sur le lichen, et de voir des photos de lichen, et de gratter le dos des thalles de lichen, j'étais devenu obsédé du lichen, oh faut pas croire, je détestais le lichen à en mourir, il me dégoutait, il m'écoeurait au plus haut point, cet hybride, ce bâtard, ce croisement d'un champignon et d'une algue, ou d'un champignon et d'une bactérie, il me dégoutait, ce monstre, j'imaginais deux êtres gluants lubriquement emmêlés, et trouvant dans cette union monstrueuse leur bénéfice réciproque, à quel prix je me disais, survivre d'accord, mais à quel prix, bref le lichen m'horripilait [...]

 Mahigan Lepage, La Science des Lichens, 2012, Publie.papier, p.28

          Il revient, en train, de l'aéroport. Il revient du Maroc, soûlé par les paroles, peut-être par les présences, il revient avec les oreilles et la tête pleine. Il demande VOTRE ATTENTION, S'IL VOUS PLAIT, et se lance dans un récit-phrase, qui ne trouvera son unique point qu'une bonne cinquantaine de pages plus loin. Il ? 
Mahigan, l'auteur, actuellement en vadrouille (Asie), n'a jamais fait mystère de ses voyages au Népal, puis au Maroc, ni de sa thèse, notamment écrite à paris. Analogies évidentes avec notre narrateur. On serait tenté effleurer les questions d'autobiographie, d'autofiction... et puis non.
Parce qu'il y a plus troublant, dans ce court récit : le plaisir de lecture. Cette phrase qui fuse, que l'on a l'impression de rattraper à la lecture, avant qu'elle ne nous distancie encore, cette phrase, on veut la terminer, à tout prix. Dans l'idéal, il faudrait un voyage, justement, pour une lecture ininterrompue. On se demande un bref instant comment ça peut tenir debout, ce récit d'une seule phrase qui nous parle de notre époque, de l'impossibilité de l'exotisme, du tourisme qui a gagné, des amours fugaces et des lichens. On ne se le demande pas longtemps, on veut la suite et on avale les pages, peut-être déjà contaminé par cette urgence de dire qu'on se prend, volontairement, en pleine tête.
On peut retrouver Mahigan Lepage sur son site, le dernier des Mahigan.


*** 



On profitera de ces quelques paragraphes pour rappeler à la fois la vitalité et la précarité de la double maison Publie.net et Publie.papier. 

Rappelons donc que, pour le versant papier de la maison (Impression à la demande, votre libraire vous le commandera ; via WEB ça marche aussi très bien), l'achat d'un livre vous offre la possibilité de télécharger le même titre en numérique, format au choix. 
Rappelons que pour le versant numérique, chaque titre est téléchargeable (prix modique, sans DRM) indépendamment, et qu'existe une possibilité d'abonnement (95 euros/an, téléchargement et consultation sans limite d'un catalogue de près de 600 ouvrages).

Le catalogue est d'importance, réjouissant, pointu, exigeant, roboratif et enthousiasmant.


(C'est sur ce même site qu'on a, pour la bonne cause, piqué l'illustration puplie.papier ci-contre.)