mercredi 3 décembre 2014

Dans les conférences - #1 à #4 (Du fond des tiroirs)

 (Textes initialement écrits en 2008-2009, non retouchés, issus de notes éparses prises durant ...oui, des conférences.)
        #1 
       Dans les conférences, on y milite au chaud et en ouvrant les mains. On y règle ses comptes avec sa famille, mais sans sa famille. On a des boucles d’oreilles voyantes, des demi-lunes divinatoires, ou, du moins, on aimerait bien. Non ?
Dans les conférences, le son des enceintes parle aussi de maternité, se diffuse, volatil et intelligible, grâce à une technologie admirable. On y cause de traités, de ceux qui les ont faits. On en trouve de très brillants.Dans les conférences, on vend du Charcot. On est secourue par le technicien, puis on se lève avant de se rasseoir par terre pour projeter des photos de cris de femmes, au mur. On a une robe longue et noire. Puis on diffuse une série de photos d’hommes pris de crises d’hystérie, et qui font le poirier. On dénonce Regnard, qui a prit Augustine.Dans les conférences, on va bientôt conclure, pour nous laisser le temps de parler ensemble. Mais on prend un instant pour constater le Darwinisme en fin de siècle. On tient son micro en bec de cygne. On conçoit qu’on a été systématique. On écarquille les yeux vers son public, avant un regard aigu vers une question de glissement sémantique. On se dit que, tout de même, certaines choses sont regrettables. On met de l’ordre à ses cheveux, mais on ne se repoudre pas. Parce qu’on parle aussi de pudeur. Puis on tasse ses feuillets comme à la fin des anciens journaux télévisés.
#2 
Dans les conférences, ou plutôt avant leur début, on s’excuse de bafouiller, avant de passer le micro à des propos très amicaux. On regarde sa feuille, qui virevolte pourtant. On évoque Bergson Superstar, les yeux baissés. Puis un autre relai-parole est passé, avec une courtoisie de salon de thé. Dans les conférences, qui commencent enfin, on ne tient ni son micro, ni son verre vide, parce qu’on projette sa voix avec ses mains. Voix que l’on a bronzée de passion raisonnée.Dans les conférences, on pointe le meilleur du siècle avant-dernier, sans regarder ses notes. On prononce suffisamment le mot « pénétrer » pour ne pas être si innocent. On a sa montre sur son bureau, mais on constate que l’on déborde.Dans les conférences, on touche pas à mon Bergson. On mime le partage d’une orange en quartiers. On entame un pugilat, contre les ennemis de son ami d’une autre ère. Qu’ils y viennent, tous, et jusqu’au dernier. On serre des mains imaginaires, cependant, quand il est temps de tracer des axes historiques. On est un brin troublé, quand se lève une jeune fille : on a les mains en papillon. On explique, peu après, la tension vitale. On évoque des leçons de méthode, sans en donner. On doit faire avec les questions qui démangent le visage. On s’en remet aux mouches, du bout du doigt. Dans les conférences, on reste sûr et érudit en caressant la nappe. On rassure un trouble, au fond de l’assistance. On ne va pas regarder par-dessus l’étang.
#3
Dans les conférences, on est accoudée comme au zinc, malgré l’arrondi de son ventre. Et l’on tourne à la cristaline. On suit un insecte des yeux, pendant l’introduction. On a les poignets mobiles. On se demande ce que les savants font de ce parfum de littérature. On roule son sujet en boule dans sa main, avant de le trancher sur la nappe.
Dans les conférences, on décrit des volumes, qui classifient les types sociaux. On évoque ce qui écorne le bon goût et la morale de l’époque, sans tellement s’émouvoir. Même en créant un écho d’église. Même en promenant un fétu de paille imaginaire. On démontre que rien n’est simple.
Dans les conférences, on parle des techniques pour reconnaître les bons pauvres : le désordre est mauvais signe, car le bon pauvre à le sens du dénuement propre, en 1840. On expulse des consonnes avec fracas. On hache l’air, en refusant les étiquettes, avant d’avancer dans sa chronologie. On ralentit imperceptiblement quand un safari est organisé dans la salle, pour chasser l’invitée surprise, la seule guêpe de février. On a un regard indéfini vers le technicien qui hausse les épaules vers cette manifestation printanière. A défaut, on passe à l’assaut des questions immédiates, en regardant la salle se vider.
#4
Dans les conférences, en guise d’apéritif, on lance tout sourire une deadline, pour insuffler un peu d’optimisme avant d’ouvrir le chapitre épistémologie ; on excuse Dame-Passe-plats, en regrettant fort son absence. Ne nous étalons pas, parole à la défense.
Dans les conférences, quand l’orateur ouvre son micro, c’est pour plaisanter sa solitude, le no man’s land du premier rang. Bronzé raie sur la droite, il en a vu bien d’autres, et le fera faire, son pas de côté, à la scientificité, tout émail en proue.
Dans les conférences, on concède. Le titre « langage et paradigme » n’est pas « fun-fun ». On se veut rassurant : on va parler gestion. L’auditoire observe ses chaussures, et celles de ses voisins. Chacun appartient à plusieurs collectifs de pensée, rappelle-t-on, et plus studieux sont les regards, vers d’anonymes genoux. Mais le paradigme ne nous dit pas comment vit le modèle ; la gestion est un mode de pensée. Les troncs s’écoulent un peu sur les assises ; un remarquable faux-plafond s’étend.
Le langage n’est pas là pour être surréaliste, s’entend-on dire en vichy vert.
Ne nous attardons pas. 

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