lundi 24 mars 2014

Comme une armée de castors (in Le Village, feuilleton désordonné.)


Le but : que le fragment, ajouté à un autre, puis à un autre, crée l'histoire.
Et elle se crée.

***
 
Comme une armée de castors facétieux, la crue redescendue avait laissé ça et là d'impressionnants barrages, qui, tout à leurs œuvres, bloquaient issues et chemins. 
De vastes tôles pointant vers le gris-beige du ciel délavé et relavé, des planches désorganisées imitant, selon leurs faibles moyens, une organisation géométrique, des pics et des chausses-trappes ; le village n'était que gravats perçant les semelles, pièges à orteils, angles hostiles. Il fallait bien se ravitailler, pourtant. 
À la tête de sa modeste troupe, le seul militaire de la contrée, et le plus nonchalant, décida de prendre le contrôle de la situation.
Le Moniteur de Tank-école n'en était plus à sa première épreuve. Sa maigre troupe et lui n'allaient pas se laisser vider de leurs forces aussi facilement. L'estomac a ses lois.
- Où trouve t-on des échelles, dans ce bourbier ? Oh, pâtissier, as-tu de quoi nous faire grimper ? Toi, le Moucheté, ne pourrais-tu pas envoyer quelques éclaireuses ? 

Madame H l'Ignifugée préféra rester assise. Il faisait enfin sec. Un peu, suffisamment. À peine. Dieu que cette pierre est froide.

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