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lundi 15 décembre 2014

Dans les conférences #5

Dans les conférences, sur les estrades et sous les tables hautes, les bouteilles à trois gorgées sont soigneusement à disposition, à portée de manche. Sifflement, un-deux un-deux dans le micro, remerciements chaleureux à vous tous, oui vous venus si nombreux. Cédez le passage, passage de plat, passage de parole, passage du goitre peut-être, eh bien merci vous-même, c’est celui qui le dit qui y est.

Dans les conférences, les mouches se posent et boivent les paroles, pas de vinaigre ici, elles ne se sentent pas attrapées, elles pèsent le-pour-le-contre, préparent des questions, pour la troisième mi-temps, qu’elles n’oseront pas poser, elles battent des ailes quand c’est à propos, et se frottent les pattes d’érudition.

Alors, dans les conférences, on y module sévère une voix cachemire qui sentirait la Gitane, une voix beaujolais couverte de cerises, sur un ton qui rissole et qui lisse, au mieux, les plis de la nappe. On aimerait que les convives prennent leurs notes à la fourchette.

Et puis enfin, dans les conférences, vient le temps du ping-pong, de la balle érudite, qui va et qui vient de l’estrade à la salle, et qui grossit progressivement, que personne ne voudrait voir lui exploser au visage, il s’agit de slicer, coup droit revers jeu set et match, on aimerait au moins en voir un tomber sur les genoux, les yeux au ciel le signe de croix la bise à la mère lointaine et les mains qui voudraient caresser les néons. Mais les feuilles se tassent dans un sourire poli.

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Texte initialement écrit pour l'échange mensuel des Vases Communicants,

vendredi 5 décembre 2014

Vases Communicants de décembre : Cécile Charpentier, Dans les conférences.

- C'est, chaque premier vendredi du mois, un échange de textes, voire d'images ou de sons, entre deux sites/blogs volontaires, 
idée lancée initialement par Tiers Livre et Scriptopolis. 
 - Ce sont des rendez-vous qui s’opèrent notamment grâce au groupe Facebook dédié, et au blog qui, mensuellement, regroupe tous les participants. 

Après Brigitte Célérier, c'est Angèle Casanova qui, désormais, dresse le carnet de bal.


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Cécile, entre autres, est doctorante. Elle revient d'un colloque Brestois, dans lequel, (elle va me brutaliser pour l'avoir dit, bof, tant pis) elle a largement brillé. L’expérience de la parole en public, dont nous avons parlé, est entré en écho avec une ancienne et courte série de texte que j'ai commis entre 2008 et 2009 : Dans les conférences. Hop : voilà un thème commun. Et si d'aventure, vous souhaitez en savoir plus sur la duchesse Claire de Duras, adressez vous à elle. Hop, donc.

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Dans les conférences,
Texte : Cécile Charpentier-Bonneau

On est épaté par un contre amiral éloquent et délicat, on fait les yeux ronds, on s’extasie silencieusement sur des cartes de marine que l’on ne comprend pas.

On est sommé d’avoir des références, parfois on se sent aussi sommée de les étaler. Alors on circonvole : sur la lumière du jour, la chaleur de la tasse dans les mains, l’organisatrice, qui, décidément est charmante, l’œuf à la coque particulièrement réussi le matin… Et  si par malheur, on  se retrouve à court, et bien on interroge sur la Bretagne et son histoire.

On fait de son mieux pour tout entendre avec une attention égale et soutenue et puis on est distrait par une ombre qui passe sur le mur, l’écriture de sa voisine.

On observe des échanges de regard qui voudraient en dire long, on se sent un peu observée aussi.

On est nourri de dîners raffinés, on veut être élégant et de bonne compagnie, et parfois on laisse tomber sa fourchette  avec fracas. Puis on regarde mi-honteux mi-malicieux si l’on n’a pas aspergé les costumes chics de ses voisins.

On mesure l’intérêt de l’auditoire au nombre de têtes penchées sur leurs papiers.  Puis, on finit par ne plus entendre que la musique des mines chatouillant les feuilles. On se perd dans l’observation de ce petit ballet de mains armées de stylos.

On est attentif aux bas des conférencières, que les bureaux ne cachent pas. Parfois, on les commente.

On se congratule beaucoup en mangeant des petits gâteaux, on se demande si l’on va pouvoir se soustraire au protocole, si le protocole lui-même ne voudrait pas aller se divertir ailleurs. 

mercredi 3 décembre 2014

Dans les conférences - #1 à #4 (Du fond des tiroirs)

 (Textes initialement écrits en 2008-2009, non retouchés, issus de notes éparses prises durant ...oui, des conférences.)
        #1 
       Dans les conférences, on y milite au chaud et en ouvrant les mains. On y règle ses comptes avec sa famille, mais sans sa famille. On a des boucles d’oreilles voyantes, des demi-lunes divinatoires, ou, du moins, on aimerait bien. Non ?
Dans les conférences, le son des enceintes parle aussi de maternité, se diffuse, volatil et intelligible, grâce à une technologie admirable. On y cause de traités, de ceux qui les ont faits. On en trouve de très brillants.Dans les conférences, on vend du Charcot. On est secourue par le technicien, puis on se lève avant de se rasseoir par terre pour projeter des photos de cris de femmes, au mur. On a une robe longue et noire. Puis on diffuse une série de photos d’hommes pris de crises d’hystérie, et qui font le poirier. On dénonce Regnard, qui a prit Augustine.Dans les conférences, on va bientôt conclure, pour nous laisser le temps de parler ensemble. Mais on prend un instant pour constater le Darwinisme en fin de siècle. On tient son micro en bec de cygne. On conçoit qu’on a été systématique. On écarquille les yeux vers son public, avant un regard aigu vers une question de glissement sémantique. On se dit que, tout de même, certaines choses sont regrettables. On met de l’ordre à ses cheveux, mais on ne se repoudre pas. Parce qu’on parle aussi de pudeur. Puis on tasse ses feuillets comme à la fin des anciens journaux télévisés.
#2 
Dans les conférences, ou plutôt avant leur début, on s’excuse de bafouiller, avant de passer le micro à des propos très amicaux. On regarde sa feuille, qui virevolte pourtant. On évoque Bergson Superstar, les yeux baissés. Puis un autre relai-parole est passé, avec une courtoisie de salon de thé. Dans les conférences, qui commencent enfin, on ne tient ni son micro, ni son verre vide, parce qu’on projette sa voix avec ses mains. Voix que l’on a bronzée de passion raisonnée.Dans les conférences, on pointe le meilleur du siècle avant-dernier, sans regarder ses notes. On prononce suffisamment le mot « pénétrer » pour ne pas être si innocent. On a sa montre sur son bureau, mais on constate que l’on déborde.Dans les conférences, on touche pas à mon Bergson. On mime le partage d’une orange en quartiers. On entame un pugilat, contre les ennemis de son ami d’une autre ère. Qu’ils y viennent, tous, et jusqu’au dernier. On serre des mains imaginaires, cependant, quand il est temps de tracer des axes historiques. On est un brin troublé, quand se lève une jeune fille : on a les mains en papillon. On explique, peu après, la tension vitale. On évoque des leçons de méthode, sans en donner. On doit faire avec les questions qui démangent le visage. On s’en remet aux mouches, du bout du doigt. Dans les conférences, on reste sûr et érudit en caressant la nappe. On rassure un trouble, au fond de l’assistance. On ne va pas regarder par-dessus l’étang.
#3
Dans les conférences, on est accoudée comme au zinc, malgré l’arrondi de son ventre. Et l’on tourne à la cristaline. On suit un insecte des yeux, pendant l’introduction. On a les poignets mobiles. On se demande ce que les savants font de ce parfum de littérature. On roule son sujet en boule dans sa main, avant de le trancher sur la nappe.
Dans les conférences, on décrit des volumes, qui classifient les types sociaux. On évoque ce qui écorne le bon goût et la morale de l’époque, sans tellement s’émouvoir. Même en créant un écho d’église. Même en promenant un fétu de paille imaginaire. On démontre que rien n’est simple.
Dans les conférences, on parle des techniques pour reconnaître les bons pauvres : le désordre est mauvais signe, car le bon pauvre à le sens du dénuement propre, en 1840. On expulse des consonnes avec fracas. On hache l’air, en refusant les étiquettes, avant d’avancer dans sa chronologie. On ralentit imperceptiblement quand un safari est organisé dans la salle, pour chasser l’invitée surprise, la seule guêpe de février. On a un regard indéfini vers le technicien qui hausse les épaules vers cette manifestation printanière. A défaut, on passe à l’assaut des questions immédiates, en regardant la salle se vider.
#4
Dans les conférences, en guise d’apéritif, on lance tout sourire une deadline, pour insuffler un peu d’optimisme avant d’ouvrir le chapitre épistémologie ; on excuse Dame-Passe-plats, en regrettant fort son absence. Ne nous étalons pas, parole à la défense.
Dans les conférences, quand l’orateur ouvre son micro, c’est pour plaisanter sa solitude, le no man’s land du premier rang. Bronzé raie sur la droite, il en a vu bien d’autres, et le fera faire, son pas de côté, à la scientificité, tout émail en proue.
Dans les conférences, on concède. Le titre « langage et paradigme » n’est pas « fun-fun ». On se veut rassurant : on va parler gestion. L’auditoire observe ses chaussures, et celles de ses voisins. Chacun appartient à plusieurs collectifs de pensée, rappelle-t-on, et plus studieux sont les regards, vers d’anonymes genoux. Mais le paradigme ne nous dit pas comment vit le modèle ; la gestion est un mode de pensée. Les troncs s’écoulent un peu sur les assises ; un remarquable faux-plafond s’étend.
Le langage n’est pas là pour être surréaliste, s’entend-on dire en vichy vert.
Ne nous attardons pas. 

lundi 20 août 2012

Marien Tillet : Après ce sera toi

Vous êtes chez vous, 3 heures du matin, vous vous réveillez, les stores sont tirés, il fait totalement noir. Dans le petit espace-temps du réveil, pendant lequel les émotions se mettent en place dans notre cerveau, votre couette vous frotte le mollet...
Eh bien, 72% des gens imaginent qu'un insecte, une araignée ou un serpent, vient de leur courir le long de la jambe. 9% des gens pensent qu'une mains étrangère vient de les toucher.
Même contexte, autre exemple : vous êtes chez vous, trois heures du matin, etc. Vous entendez un bruit dans la pièce d'à côté.
Pour 81% des gens, un cambrioleur s'est introduit chez eux.
Et si le bruit est caractéristique, vous savez, du plic-ploc que font les radiateurs à bain d'huile, eh bien jusqu'à 4% des gens imaginent qu'une noyée déambule dans leur salon. 
C'est bien pour ça qu'il est toujours intéressant d'avoir un animal domestique chez soi, par exemple un chat : parce que quand il y a un bruit : c'est le chat !
Le problème c'est quand il y a un bruit dans la pièce d'à côté mais que votre chat est tranquillement en train de ronronner sur vos genoux.


La lecture d'Après ce sera toi est peut-être à prendre comme un plan B : ce texte (excellent) donne sa pleine mesure sur scène, lors de ce qui commence comme une conférence, pour passer au théâtre musical (avec auto-accompagnement d'un violon samplé quasi-bruitiste ), au conte à frisson... On y plaisante avec sérieux sur les statistiques liées à la peur, on y trouve un mystérieux journal, on y fait un voyage en Irlande, on y assemble les pièces éparses de l'intrigue-puzzle. C'est intelligent et prenant. On nous y distille avec habileté, à nous qui acceptons sans sourciller de nous prendre au jeu, une frousse récréative qui, pourquoi pas, nous réconcilie avec la peur.
Découvert sous le chapiteau du Festival du Nombril 2012, à Pougne-Hérisson
Spectacle produit par la Compagnie du Cercle